Les petits vélos dans la tête

03/09/2012

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Un homme est venu me voir. C’est sa femme qui me l’a envoyé. Elle voulait un check up de santé avec son naturopathe. Il était d’origine française et avait créé plusieurs entreprises en Suisse depuis un certain temps. J’ai donc commencé son check up de santé, mais j’ai vite vu que ce n’était pas ça qui l’intéressait. Je lui ai demandé quel était son motif de consultation à lui, et il m’a dit “j’ai un vélo dans la tête”.

- Un quoi, ais-je demandé ?

- Un vélo dans la tête…

Face à mon expression dubitative, il m’a expliqué qu’il se fabriquait toute la journée, dans sa tête, des scénarios catastrophes, des pensées angoissantes, des préoccupations, des stress et d’autres bétises dans le même genre. Il s’énervait facilement, il était constamment fatigué (il y avait de quoi !) et il ne pouvait pas s’en empêcher. Cela fonctionnait tout seul, comme un petit vélo qui tourne dans la tête.

Nous avons discuté des conséquences de ce mécanisme… Et comment ça l’empêchait d’être présent à sa femme et à sa fille. Mais aussi à ses affaires, qui l’ennuyaient assez rapidement dès qu’elles commençaient à prospérer. Toujours il était à moitié présent, à moitié absent, en train de faire tourner “ses petits vélos”. Il m’a expliqué qu’il avait quitté sa première femme et qu’il envisageait de quitter la seconde. Qu’il ne s’était guère occupé de sa première fille et encore moins de la seconde. Que ce fonctionnement lui avait pourri toute sa vie.

J’étais surpris qu’il soit si conscient de sa situation et de ses propres mécanismes. Beaucoup de patients ne le sont pas. Il était bien en contact avec ses émotions et son ressenti. Donc j’ai joué un peu la provocation et je lui ai dit que puisqu’il était si conscient de sa situation, il l’aurait changé depuis longtemps si elle ne lui convenait pas. Ça doit donc vous convenir, ais-je conclu. Mais non, ça ne lui convenait pas du tout protesta-t-il, ce fonctionnement lui échappait totalement et il ne savait pas le changer. Il n’avait pas du tout apprécié ma provocation. Alors je lui ai dit, que, puisque nous ne comprenions pas ce qui causait ce problème, nous allions jouer.

- Jouer fit-il surpris ?

- Oui tout à fait, jouer, ais-je répliqué ! Et je suis partie chercher une des boites de lego de mon fils dans laquelle il y a des petites figurines représentant des hommes, des femmes, des enfants et des bébés. Je lui ai demandé de choisir une figurine pour chacun des membres de sa famille d’origine (père, mère, frère et sœurs) et de les disposer sur un support. Puis nous avons  complété cette image en rajoutant les grands parents.

Et quand j’ai vu ça, c’était très frappant. Et je lui ai dit, mais voilà, vous avez votre explication, regardez ! Et il regardait, il regardait, et il ne comprenait rien. Normal, il n’a pas été formé aux constellations. Alors nous avons repris le destin de chaque personne, individuellement. Qui était mort, de quoi, quand, pourquoi, qui avait vécu comment. Et là il a soudain compris : l’un de ses grands pères était mort jeune, d’une mort tragique dont personne n’avait jamais parlé ; et l’autre n’avait pas joué son rôle de père, n’était jamais là, ne s’était pas occupé de ses enfants. Et il a compris que lui, par loyauté pour ses deux grands pères, il faisait tout ce qu’il pouvait pour ne pas être là, ne pas être présent, et comme il n’avait pas envie de mourir tragiquement comme son aïeul – ce qui eut été la façon la plus radicale d’être absent, il s’était inventé – bien inconsciemment – des petits vélos dans la tête qui le maintenaient merveilleusement absent tout en restant en vie. C’était une solution géniale. Un mécanisme de défense génial.

Nous avons fait tout un travail pour établir des liens d’amour avec ses deux grands-pères – et plus particulièrement celui qu’il n’avait pas connu. Des réels liens qui pourraient se substituer aux liens de loyauté qu’il avait entretenu jusque là.

Quand il est venu consulter 2 mois plus tard pour parler d’un autre aspect de sa vie familiale, il m’a confirmé que depuis cette constellation, les petits vélos avaient définitivement cessé de tourner dans sa tête.

CENTRE CORPS ESPRIT  (Neuchâtel)

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Naturopathe diplômée, acupuncteur, osthéopathe agréé caisses maladie APTN, RME, ASCA, installée à Neuchâtel depuis 1993.

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